La caricature du prince et de la princesse fait jaser la critique DR ¦ Un juge espagnol a ordonné vendredi 20 juillet 2007 la saisie de l'hebdomadaire satirique «El Jueves», coupable d'avoir publié cette caricature du prince héritier Felipe et de son épouse. En position délicate. Les principaux journaux espagnols étaient critiques samedi après la saisie d'un hebdomadaire satirique moquant la couronne, jugeant cette décision «inutile» ou contre-productive. Un juge espagnol a ordonné vendredi la saisie du magazine «El jueves», sortie mercredi, coupable d'avoir publié en couverture une caricature du prince héritier Felipe et de son épouse Letizia en train d'avoir une relation sexuelle. Le prince, la mine réjouie, déclare à son épouse: «Tu te rends compte ? Si tu tombes enceinte, je n'aurais jamais été aussi près de la sensation de travailler.» Le propos du dessin est de moquer les 2.500 euros offerts par le gouvernement pour chaque enfant. Le principal journal du pays, «El Pais», proche du gouvernement socialiste, estime que la décision de saisie «fait la publicité et contribue à la diffusion de la caricature» qu'il juge par ailleurs de mauvais goût. Le quotidien estime dans son éditorial : «Prétendre que l'utilisation satirique des personnages royaux (...) doit tomber sous la férule du code pénal est aujourd'hui indéfendable». Le journal de droite, «El Mundo », raille en Une «la résonance mondiale» donnée par le juge à une «blague grossière». «Le dessin, qui jusqu'ici avait été vu par quelques milliers de personnes, s'est retrouvé sur de nombreuses pages Web, (...) et il est désormais certain que des dizaines de millions de citoyens l'ont vu.» Le quotidien catalan «El Periodico» suit le même raisonnement et critique une décision «anachronique», renvoyant à l'époque du franquisme ou des premières années de la transition démocratique. L'autre grand journal catalan, «La Vanguardia», stigmatise une décision «inutile» contre un dessin d'un «goût atroce». De son côté, le journal conservateur «La Razon» critique le propos même du dessin, la politique nataliste du gouvernement, mais au motif que «la Couronne n'a pas besoin de ce genre d'aide», et que «le ministère public ferait mieux de concentrer ses efforts sur des problèmes plus importants». Seul le conservateur «ABC», à tendance royaliste, soutient la décision : ce dessin, «en plus de mettre en lumière le manque de talent de l'auteur (...) est la conséquence d'un climat de relâchement des valeurs, civiques et morales». DR ¦ Un juge espagnol a ordonné vendredi 20 juillet 2007 la saisie de l'hebdomadaire satirique «El Jueves», coupable d'avoir publié cette caricature du prince héritier Felipe et de son épouse. AFP
Espagne: la liberté de la presse ne sied pas à la famille royale
La justice espagnole vient de saisir le magazine El Jueves, hebdomadaire satirique publié à Barcelone depuis la fin de la dictature franquiste, jugé coupable d'"atteinte à l'honneur et à la dignité" du prince Philippe de Bourbon et de son épouse la princesse Letizia. L’hebdo, une sorte de Charlie Hebdo, plus grossier que frondeur, avait illustré à la une le couple royal au lit, pour ridiculiser la politique nataliste du gouvernement de Zapatero, qui donnera 2.500 euros pour chaque naissance, une mesure opportunément annoncée à quelques mois des élections générales de 2008. "Tu te rends compte?", dit le prince à son épouse. "Si tu tombes enceinte, je n’aurai jamais été aussi près du fait de travailler." Le juge Juan del Olmo de l’Audience Nationale –la plus haute instance pénale en Espagne— a estimé vendredi que le dessin constitue "une atteinte à l’honneur et à la dignité des personnes représentées" et a donc ordonné la saisie du magazine. Une surprise? Pas exactement, puisque le code pénal espagnol prévoit jusqu'à deux ans de prison pour celui qui "calomnie ou insulte le roi ou n'importe lequel de ses ascendants ou descendants, la Reine consort ou le Prince héritier". Le caricaturiste et le scénariste du dessin de la discorde seront donc entendus d'ici à vendredi par Juan del Olmo et risquent de finir sous les verrous. Pourtant, la décision du juge a fait l’objet d’une forte polémique en Espagne: même l’opposition de droite a dénoncé la mesure judiciaire, mais seulement parce qu’elle "a multiplié la diffusion" du magazine, selon l'aznariste Ángel Acebes. Côté gouvernement, discrétion camouflée sous le prétexte du respect de l’indépendance de la justice. La comédienne italienne Sabina Guzzanti avait intitulé "Viva Zapatero" son documentaire sur la censure du gouvernement Berlusconi, en présentant le Premier ministre espagnol (souvent idéalisé hors d’Espagne) comme garant des libertés. Cependant, peut-être à cause de la proximité électorale, José Luis Zapatero n’a pas dit un mot cette fois-ci. Seule la vice-présidente María Teresa Fernández de la Vega (magistrate elle-même), après avoir justifié la mesure dans un premier temps, a décidé de revenir sur l'affaire pour mettre en cause "la recevabilité et l’efficacité" de la saisie de magazines, méthode habituelle pendant le franquisme. "C’est ancré dans un moment différent du présent", a-t-elle dit. Finalement, la meilleure réponse est arrivée ce mardi du côté du coupable présumé. "Nous rectifions! Voici la une que nous voulions publier", dit la nouvelle couverture d’El Jueves de cette semaine, qui affiche un dessin enfantin du prince et son épouse transformés en abeille et fleur
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